Que reste-t-il, à l'orée du vingtième siècle, du rêve orientaliste des Flaubert, Gautier et Delacroix ? L'écriture précieuse et décadente de Jean Lorrain, toujours hanté par le mythe, malgré un regard parfois perverti par les préjugés de l'époque coloniale, comme un amant par les sortilèges de la nuit.
Les autres textes orientalistes que nous présentons ici, dont certains sont antérieurs, d'autres postérieurs à La Dame turque, sont autant de toiles somptueuses d'un Lorrain peintre dont les descriptions, avec une extrême concision et plus encore peut-être que dans la précédente nouvelle, restituent magnifiquement l'attraction puissante qu'excerce une Méditerranée fantasmée à partir de ses représentations artistiques, et abordée, de l'Espagne à l'Afrique, avec la mémoire de la couleur, des Lettres et de la musique. On y trouve des allusions explicites aux oeuvres de Fromentin, à la poésie, arabe y compris, au théâtre antique ou à la Bible, qui idéalisent la perception, souvent plus culturelle qu'empirique, des villes et paysages traversés, jusqu'au désenchantement quand la pauvreté ou la décrépitude de la kasbah, révélée par la fonte de la neige, rompent le charme et ramènent l'auteur à la réalité humaine et historique, en démystifiant un Orient sublimé, qui finit par s'imposer dans une étrangeté parfois adverse.